dimanche 17 avril 2011

Le Yémen : un pays pauvre très convoité

Le Yémen est un pays situé à la pointe sud-ouest de la péninsule Arabique ; il est composé de plusieurs tribus et possède des façades maritimes sur le golfe d’Aden et sur la mer Rouge. Il a des frontières communes avec l’Arabie Saoudite au nord et le Sultanat d’Oman à l’est. Le Yémen couvre une superficie totale de 527.970 km² (presque autant que la France : 547.030 km²). Plusieurs îles font partie du territoire yéménite : l'île Kamaran en mer Rouge, l'îlot de Périm qui commande l'accès à la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb, et l'île Socotra (la plus grande des îles) dans l'océan Indien. La capitale du Yémen réunifié est Sanaa. Sa population s'élève à 24 millions d'habitants (sans groupe majoritaire). Au Yémen, la religion est toute-puissante : c'est un État islamique régi par la Charia. D'ailleurs, l'article premier de la Constitution yéménite proclame que "la République du Yémen est un État arabe, islamique, indépendant, souverain, un et indivisible".
C'est le pays le plus pauvre du monde arabe tout en étant une pièce maîtresse sur l’échiquier de la stratégie géopolitique mondiale. Il n’a pas beaucoup de pétrole et ses réserves de gaz naturel s’amenuisent, tout comme l’eau dans le nord du pays. De nombreuses régions n’ont pas accès à l’électricité. C’est un pays sous-développé, avec des taux d’alphabétisation très faibles et un chômage record qui avoisine les 35 % et touche la moitié des jeunes.
Le Yémen actuel est né le 22 mai 1990 de la fusion de la République Démocratique et Populaire du Yémen (ou le Yémen du Sud) seule République marxiste du monde arabe. Son président était Ali Salim al-Beidh et sa capitale Aden), et la République Arabe du Yémen (ou le Yémen du Nord, d'idéologie pro-occidentale. Son président était Ali Abdullah Saleh et sa capitale Sanaa). Cette réunification marque la fin de la guerre froide dans le monde arabe alors qu'en Europe se déroulait progressivement la chute du bloc de l'Est. Le premier sera désigné premier ministre et le second président.
Contrairement à l'Allemagne de l'Est, à l'Allemagne de l'Ouest et aux deux Corées (Corée du Nord et Corée du Sud), les relations entre les deux Yémen étaient plutôt amicales, bien qu'elles fussent parfois tendues. Alors que le Yémen du Nord avait accédé à l’indépendance après la chute de l'Empire Ottoman en 1918, le Yémen du Sud devint une colonie britannique. Il parvint à son indépendance en 1967 à la suite du retrait des troupes britanniques.
Le Président Ali Abdullah Saleh est né le 21 mars 1946 (comme l'atteste le site de la présidence yéménite) au village Al-Ahmar (Sanaa – Yémen du Nord). Il rejoint les forces armées en 1958 (soit à l'âge de 12 ans) et intègre l'académie militaire deux ans plus tard (À 14 ans. Sic !). Il est nommé président de la République Arabe du Yémen (Yémen du Nord) lors de l'assassinat du président Ahmad al-Ghashmi le 24 juin 1978 (à l'âge de 32 ans). Sa présidence de 1978 à 1990 est fortement marquée par la Guerre froide et la lutte idéologique qui opposait le Yémen du Nord (unionistes) au Yémen du Sud (marxistes).
Il a soutenu l'Irak de Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe (tout en restant en bons termes avec Washington : C'est dire le poids stratégique de ce pays pauvre), sans pour autant soutenir l'annexion du Koweït par l'Irak. Il fut partie prenante de la guerre civile au Yémen de 1994 faisant de 7.000 à 8.000 victimes lorsque les autorités du Sud, dirigées par Ali Salim al-Beidh, tentèrent de faire sécession, en vain.
Il est le premier président élu du pays en 1999 avec 96 % des voix et est réélu le 22 septembre 2006 avec 77,2% des suffrages. En 2000, il régla le long contentieux frontalier avec l'Arabie Saoudite. En 2004, il ordonna une campagne militaire contre l'insurrection au Saada (au nord du pays ; soutenue par l'Iran). Cette campagne dura jusqu'à début 2010 et provoqua la mort d'environ de 5.000 à 7.000 Yéménites.
Malgré les efforts d'Ali Abdullah Saleh pour une pseudo-démocratisation du pays et dans la lutte contre l'islamisme, le Yémen reste un foyer d'instabilité, qui doit faire face de plus à une insurrection dans le sud du pays appelant au retour d'un État indépendant au sud correspondant au territoire de l'ancienne République démocratique populaire du Yémen.
Les revendications des manifestants du 03 février 2011 à Sanaa n'étaient que marginalement sociales et économiques. Il n'était pas question de lutte contre le chômage, de demande de meilleurs services ou de protestation contre la hausse des prix par exemple. Elles réclamaient la réforme du système politique, la lutte contre la corruption et le gel des projets de réforme annoncés par le parti au pouvoir. Les critiques visant le président Saleh sont relativement minoritaires, et les partis qui ont encadré ces protestations n'appellent pas à son renversement, mais au transfert pacifique du pouvoir lors d'élections libres. Ces manifestations sont à distinguer des immolations ou des mouvements dans les gouvernorats du sud notamment, qui se basent sur des revendications économiques et sociales (marginalisation générale, chômage, retraites gelées, hausse du coût de la vie, etc.). Les mouvements dans le sud du pays ont progressivement pris une dimension plus strictement "politique" avec le développement des sentiments régionalistes et sécessionnistes.
 À la suite des différentes manifestations qui touchent le pays à partir du 27 janvier 2011, le président Saleh fait plusieurs annonces successives :
  • le 02 février 2011, il renonce à se présenter pour un nouveau mandat présidentiel en 2013,
  • le 10 mars 2011, il annonce une nouvelle Constitution et des élections pour le début de l'année 2012,
  • le 20 mars 2011, il limoge son gouvernement,
  • le 23 mars 2011, il propose un référendum constitutionnel, des élections législatives et présidentielles avant la fin de l'année 2011.
Mais il continue à s'accrocher de toutes ses forces au pouvoir qu'il incarne depuis presque 33 ans. Un pouvoir qu'il a essayé de consolider en confiant la gestion des postes sensibles à certains membres de sa famille, ses proches et de ses inconditionnels. Il a affirmé, à plusieurs reprises, qu'il ne cèderait pas aux appels de l'opposition et des manifestants lui demandant de quitter le pouvoir, assurant qu'il ne le remettrait que par les urnes.
Après la chute des présidents de la Tunisie et de l’Égypte, Ben Ali et Moubarak, est-ce au tour du président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, d’être évincé par une révolte populaire ? Son régime était un allié indispensable de l’Occident dans la lutte contre le terrorisme en général et contre Al-Qaïda en particulier. Si le pays doit basculer dans la guerre civile, comme le prédit le président Saleh, l’inquiétude sera vive à Washington et dans d’autres capitales occidentales. Pourtant, après trente-trois ans au pouvoir, il est temps que le président Saleh cède la place.
Pauvreté, forte tradition tribale et incurie du gouvernement central ont toujours constitué les ingrédients de la vie politique au Yémen, qui, en outre, a servi de base à Al-Qaïda pour plusieurs attentats visant les États-Unis et l’Arabie Saoudite.
Le président Saleh tente depuis toujours de gouverner le pays en ménageant les rivalités tribales au détriment du développement du pays et de l’unité nationale et il compte bien s’accrocher au pouvoir jusqu’aux élections qu'il propose pour la fin de l'année 2011 (voire jusqu'aux élections de 2013).
Il est vrai que les tensions politiques liées à l’avenir du pays ne vont pas s’apaiser, du jour au lendemain, avec le départ du président. Mais le risque est encore plus grand s'il continue à s’accrocher au pouvoir avec pour corolaire l'éclatement d'une guerre civile. Le pays basculera, alors, dans le chaos et le Yémen deviendra un état en déshérence. Al-Qaïda (comme beaucoup d'autres noyaux subversifs) a prospéré en réaction à un régime autoritaire soutenu par les Américains. Dans ce pays, comme dans d’autres pays du monde arabe, la démocratie est la meilleure arme contre Al-Qaïda et l'extrémisme.

Lotfi AGOUN

dimanche 10 avril 2011

Les Occidentaux et Le Bahreïn

Ayant bien connu l'Arabie Saoudite, le Kuwait, le Qatar et Bahreïn pour y avoir vécu, je peux affirmer que ce dernier se distingue de manière particulière dans cette région du monde. Ce petit royaume (750 kilomètres carrés) est un archipel de 33 îles dont certaines sont inhabitées. Il compte un peu plus de 1,25 million d'habitants (55 % sont chiites) dont près de la moitié sont des nationaux (70 % sont chiites).
Les autochtones sont à 95% de confession musulmane (Les Bahreïnis se sont convertis à l'Islam en l'an 7 de l'Hégire). Les sunnites minoritaires (mais plus homogènes) détiennent le pouvoir et se prévalent d'une légitimité historique qui remonte à 1783 : date à laquelle les AL-KHALIFA unifièrent le Bahreïn et le gouvernèrent jusqu'à ce jour. Les chiites sont divisés en deux clans  : les chiites d'origine arabe (Baharna) qui revendiquent le fait d'être des Bahreïnis de souche et ceux de souche persane (Ajam) qui auraient été déplacés du sud de l'Iran vers Bahreïn par les Anglais pour servir de main-d'œuvre afin d'extraire le pétrole découvert en 1932. Le Bahreïn a été sous protectorat anglais de 1861 à 1971.
Ce petit royaume occupe une position très stratégique entre l'Iran et l'Arabie Saoudite à laquelle il est relié par un pont-digue (la chaussée du Roi Fahd) long de 25 km.
Le roi Hamad a essayé depuis son intronisation à la suite du décès de son père Cheikh Issa Ibn Salman AL-KHALIFA d’asseoir davantage l'esprit d'ouverture qui distingue son royaume dans la région.
Le multi confessionnalisme est une réalité de la vie de tous les jours : églises, synagogues et temples y sont autorisés au même titre que les mosquées. Les résidents ont le droit de consommer ce que leur culture ou religion autorise.
Les femmes y jouissent de la liberté vestimentaire, du droit au travail et de la conduite des véhicules. Elles ont même obtenu, depuis 2001, le droit au vote. Aujourd'hui nous y en rencontrons la ministre, la députée, la conseillère municipale et même 10 femmes au Conseil Consultatif (Choura) qui compte 40 membres dont 3 sont de confession juive. L'ambassadeur de Bahreïn aux États-Unis est une Bahreïnie juive … Un cas unique dans le monde arabe.
Le multipartisme est une évidence de la vie courante avec pas moins de sept partis légaux (d'autres ne le sont pas, mais demeurent actifs). L'opposition est présente au Parlement. La liberté de la presse est reconnue, effective et même très active.
Le Bahreïn est le premier pays au monde à s'être soumis, en avril 2008, à l'examen périodique universel du Conseil des Droits de l'Homme. Et la publication de ces rapports s'effectue sans la moindre censure.
Au même titre que le Hezbollah chiite au Liban, l'opposition chiite à Bahreïn est courtisée par l'Iran. Cela amplifie d'autant l'importance de ce petit royaume, clé de stabilité de l'Arabie Saoudite dont les régions orientales sont majoritairement peuplées de chiites.
Manama, la capitale de Bahreïn, abrite le Quartier Général de la Vème flotte américaine qui est à moins d'une heure de vol d'Abou Dhabi, la nouvelle implantation militaire française dans le Golfe Arabe ou Persique selon les appellations des uns et des autres.
Les visées de l'Iran sur ce "site" stratégique, à plus d'un titre, remontent au départ des Anglais. Déjà à cette époque, il avait fait part aux Nations-Unies de ses prétentions sur l'archipel. Si l'Iran arrive à mettre la main, d'une manière ou d'une autre, sur Le Bahreïn, la stabilité de toute cette zone sera menacée, car c’est le cœur de la richesse pétrolière saoudienne ainsi que le point d’approvisionnement pétrolier de l'Occident et d'une bonne partie du reste du monde. Avec des conséquences immédiates sur la présence de la Vème flotte américaine et celle des forces françaises dans la région.
Quand on parle du Bahreïn et de ce qui s'y passe de nos jours, il est totalement erroné de le comparer à ce qui s'est passé en Tunisie, en Égypte ou au Yémen. Les données économiques de ce royaume sont sans aucune commune comparaison avec celles des pays cités. Le PIB est de l'ordre 19,5 Mds USD et le PIB par habitant est de l'ordre de 18.000 USD. Le taux d'alphabétisation est de 91,5 % (H) et 84,2 % (F) et l'espérance de vie est de l'ordre de 75,6 ans. [Les données mentionnées dans cet article sont de 2009].
La frange radicale de l'opposition (très liée à l'Iran) a jugé opportun de profiter du printemps arabe pour pousser les Bahreïnis à manifester et la tension est allée crescendo jusqu'à réclamer l'instauration d'une république islamique (à l'Iranienne). L'Occident qui s'est trouvé à la fois pris de court par le mouvement populaire tunisien et lâche par son silence au début de celui du peuple égyptien, a pressé le roi Hamad de faire des gestes d'apaisement afin de calmer la rue. Or les revendications réelles ne sont pas les mêmes que celles des Tunisiens et des Égyptiens. Le roi a fait ce qui devrait calmer les esprits allant jusqu'à accorder des amnisties à ceux qui sont en exil. Mais rien n'y fait. Et Le Bahreïn a commencé à compter ses morts à la suite de ces troubles.
Les Occidentaux vont encore une fois "lâcher" leurs amis en poussant le paroxysme, cette fois, jusqu'à laisser l'Arabie Saoudite et Les Émirats Arabes Unis intervenir dans le cadre de l'accord d'entraide du "G.C.C" (Gulf Cooperation Council). L'assistance agissante (envoi des forces de l'ordre le 14 mars 2011) de ces deux pays a permis au gouvernement bahreïni de reprendre la main. Et ces mêmes Occidentaux ont, par la suite et encore une fois, au nom des droits de l'homme (à géométrie variable selon leurs intérêts du moment) dont ils se proclament, condamné l'intervention.
Ainsi dans cette bataille larvée pour leadership dans le Golfe Arabe ou Persique, la monarchie sunnite saoudienne a marqué un point sur la théocratie chiite iranienne. Mais les monarchies de la région commencent à se poser sérieusement les questions suivantes :  

  • Est-ce que les Occidentaux sont vraiment nos amis et jusqu'à quel point pourrons-nous compter sur eux ?
  • Comment contrecarrer les visées de l'Iran sur notre région et préserver nos intérêts si nous ne pouvons plus compter sur nos pseudo-amis ?
Les Occidentaux sont invités à bien se concerter avec les concernés de tout bord afin que la stabilité de cette zone et par extension d'une grande partie du globe soit préservée. Il est primordial qu'ils admettent finalement que leurs intérêts ne peuvent demeurer éternellement au-dessus de ceux des autres ou à leur détriment.

Lotfi AGOUN

dimanche 3 avril 2011

Petits arrangements entre «amis»

Ce que le génie n'est pas parvenu à faire pour Nicolas SARKOZY, le jour où ce dernier est tombé sur la fameuse lampe magique ; à savoir lui permettre de retrouver sa virginité politique auprès des Français ; le président français actuel est en train de le réussir, avec l'aide de certains autres "démocrates occidentaux", en réhabilitant certains proches (voire très proches même) et presque aussi terroristes et tortionnaires que KADHAFI lui-même.
Les politiques occidentaux nous ont habitués à les voir dérouler le tapis rouge devant leur hôte de marque et tout le faste qui va avec, acceptant même certaines extravagances, comme dresser une tente dans le cœur de Paris.

Reconnaître le Conseil National Libyen "C.N.T" est une chose, mais accorder une nouvelle virginité politique à des hommes au passé sulfureux et fidèles de KADHAFI jusqu'à une date récente : voilà ce que le génie n’a pas réussi, mais notre SARKOZY et ces politiques, si.

Je les cite et la liste n'est pas exhaustive :

Moustapha ABDELJALIL : Le président de ce conseil n'est autre que l'ex-ministre de la Justice libyenne. C'était le président de la cour d'appel de Tripoli qui, à deux reprises, avait confirmé la peine de mort des infirmières bulgares. Un fidèle parmi les fidèles qui, en récompense de son intransigeance dans ce procès, fut nommé ministre de la Justice en 2007.

Idris LAGA : le coordinateur militaire du C.N.T n'est autre que l'ex- président de l'Association des parents d'enfants infectés, très active pendant toute l'affaire des infirmières bulgares. Très proche de KADHAFI, il avait fait monter les surenchères en instrumentalisant la douleur des victimes.

Moussa KOUSSA : le tout récent ex-ministre des Affaires étrangères de KADHAFI. Il ne va pas tarder à rejoindre la rébellion alors même qu’il a été expulsé en 1980 de Londres (là où sa carrière sur la scène internationale a commencé quelque 30 ans plus tôt comme ambassadeur), sur ordre du gouvernement britannique parce qu'il ne cachait pas ses intentions de régler leur compte à deux opposants au régime du colonel KADHAFI.

Le général Abdel-Fattah YOUNIS est devenu la coqueluche des Occidentaux - le Quai d'Orsay relate sur son site une conversation téléphonique entre lui et Alain JUPPÉ le 5 mars 2011 - qui espèrent que son ralliement permettra aux insurgés de reprendre du poil de la bête sur le terrain militaire. Ils oublient ce que ses hommes, sur ses ordres, avaient infligé comme mauvais traitements aux infirmières - viols, électrochocs et morsures de chiens notamment – pour leur faire avouer des crimes qu'elles affirmaient n'avoir jamais commis.

Et la liste ne s'arrête pas là. Ces opportunistes, ayant vu ce que la rue à pu faire en Tunisie et en Égypte ont été prompts à retourner leur veste (avec la bénédiction de ces "démocrates occidentaux"). Le peuple tunisien a exigé et obtenu que tous les collaborateurs de l'ancien régime soient écartés de la sphère des politiques qui dirigeront désormais la nouvelle République. Le peuple égyptien a émis les mêmes revendications et a pu en obtenir certaines.

Les suscités qualifiés de paria hier par ceux-là mêmes qui les serrent dans leurs bras aujourd'hui, vont se retrouver aux commandes de ce pays : La Libye. On se demande bien dans l'intérêt de qui ? Du peuple libyen ? Leur propre intérêt ?... Ou bien celui de ceux qui leur accordent cette nouvelle virginité ?...

Certains des démocrates occidentaux n'hésitent pas à affirmer qu'ils préfèrent à la limite un régime islamiste extrémiste/radical en Libye à celui de KADHAFI.
Nick CLEGG, le chef du parti Libéral Démocrate britannique, occupe la fonction de vice premier ministre au service de Sa Majesté la reine Élizabeth II. Il est donc ce qu’on appelle "une grosse pointure" de la coalition au pouvoir à Londres.
Il vient de dire à l’occasion d’un discours prononcé à Mexico (29 mars 2011) où il se trouve en visite officielle, que le résultat de l’agression militaire contre la Libye à laquelle participe son gouvernement pourrait bien se terminer par l’instauration de ce qu’il appelle un régime islamiste radical en cas d’éviction du colonel KADHAFI. Il laisse, par ailleurs, sous-entendre qu'il préfèrerait un régime comme celui que les Américains ont mis en place en Irak.
Nick Clegg dit également dans son discours : «Ce n’est pas à nous de choisir le gouvernement libyen ni même le système de gouvernement en Libye» mais il continue à penser quand même qu’il revient à la Grande-Bretagne et à ses alliés de sommer KADHAFI de quitter le pouvoir dans son pays.
D'où la perpétuelle question : Dans l'intérêt de qui ?

Lotfi AGOUN

dimanche 27 mars 2011

Quel sort attend la Libye ?

L'Histoire nous a montré que Les Puissants ont toujours tendance à pratiquer un double jeu.
Lors de la guerre froide, les deux superpuissances, les USA et l'URSS, réprimaient et/ou faisaient réprimer les gens dans leur sphère dominante et "soutenaient" la lutte des peuples pour la liberté dans la sphère dominée par l'adversaire.
Ainsi l'URSS a appuyé la lutte du peuple vietnamien, la révolution cubaine ainsi que d'autres mouvements de révoltes en Amérique du Sud et autres lieux soumis à des dictatures mises en place par les USA ou avec leur aval.
Concomitamment, les USA et leurs partenaires ont appuyé toute révolte en Europe de l'Est et en Afrique rien que pour contrecarrer les intérêts de l'URSS en ces lieux.
Un fait qui mérite que l'on s'y arrête un instant : jusqu'à la chute du bloc Est, la rive sud de la méditerranée, composée (d'ouest vers l'est) des pays limitrophes suivants : le Maroc (pro-USA), l'Algérie (pro-URSS), la Tunisie (pro-USA), la Libye (pro-URSS), l'Égypte (pro-USA), nous donnait cette nette impression d'être devant un échiquier = Une case blanche, une case noire.
Ces pays unis par la langue et la religion n'avaient pas le droit d'avoir les mêmes choix ni les mêmes orientations politiques et sociales. C'est dire à quel point ces superpuissances pouvaient s'entendre entre elles pour se partager le gâteau. Le proverbe dit bien : "Diviser pour mieux régner".
À présent que le bloc Est n'existe plus dans les faits, les USA (et leurs partenaires) continuent à soutenir les rébellions là où leurs intérêts peuvent être concernés. Ainsi, ils soutiendront tout mouvement de révolte en Iran mais jamais en Arabie Saoudite.
BUSH père qui avait déclaré la première guerre du golfe (1991) à Saddam HUSSEIN a arrêté cette guerre alors que les forces américaines étaient à 300m du bunker de ce dernier. Il l'a même aidé à reprendre le contrôle de l'Irak. Il l'a ainsi gardé au pouvoir jusqu'à ce qu'il lui trouve le substitut qui sied le mieux aux intérêts des USA dans la région. L'occident n'était plus disposé à perdre un autre pion stratégique dans cette zone. Il a bien retenu la leçon de l'Iran. KHOUMEINI était censé renvoyer l'ascenseur à ceux qui l'avaient accueilli. De nos jours, son fils, le rejeton BUSH Jr, a fait ce que son papa avait différé. Le Monde est débarrassé d'une vermine mais le nombre de morts se compte toujours par milliers et le chaos règne encore en maître dans ce pays.
Il y a un quart de siècle (le 15 avril 1986) les USA bombardaient la Libye en représailles de l'attentat à la bombe, en 1986, d'une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par des militaires américains. Ils ne cherchaient pas à éliminer ce dictateur et terroriste international mais seulement lui faire peur. En 2008 et contre des promesses de compensations il est redevenu leur ami.
Mais les choses se produisent à tout moment, parfois contre la volonté des USA et leurs partenaires, comme cela s'est passé en Tunisie et en Égypte. Malgré tous leurs efforts pour maintenir BEN ALI et MOUBARAK au pouvoir, les peuples tunisien et égyptien ont réussi créer une nouvelle réalité, et les USA et leurs partenaires tentent à présent de s'y adapter.
Avec ce qui se passe actuellement en Libye, les USA et la France vont tout faire pour montrer qu'ils sont toujours les premiers à défendre la liberté et la démocratie surtout quand le pays concerné regorge de ressources naturelles. Ils ont vite fait d'oublier qu'ils avaient ouvert bras et portes à ce dictateur et qu'ils le qualifiaient, hier encore, d'ami. Ni la Tunisie, ni l'Égypte n'ont ces ressources naturelles. Et surtout ne "souffrent" pas de divisions tribales. Aussi, aider la Libye à se débarrasser de ce sanguinaire de KADHAFI puis pousser le pays à l'implosion pourrait arranger les intérêts de ces défenseurs de la liberté et de la démocratie. Toujours dans le respect du proverbe suscité : "Diviser pour mieux régner".

Lotfi AGOUN

dimanche 20 mars 2011

Libye : l'opération "Aube de l'Odyssée" a commencé

La résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies est une résolution adoptée le 17 mars 2011. Elle concerne la Libye et la révolte libyenne en cours, et permet aux pays qui le souhaitent de participer à une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye pour protéger la population civile.
Cette résolution est présentée par la France, le Liban, et le Royaume-Uni. Les négociations préalables ont suscité d'abord l'opposition de la Russie et de la Chine qui s'abstiennent finalement lors du vote et ne recourent pas au véto pour la bloquer. Elle est votée par l'Afrique du Sud, la Bosnie-Herzégovine, la Colombie, les États-Unis, la France, le Gabon, le Liban, le Nigeria, le Portugal, et le Royaume-Uni ; cinq membres s'abstiennent : l'Allemagne, le Brésil, la Chine, l'Inde, et la Russie ; aucun ne s'y oppose.

Dans cet article, je commenterai certains passages de la déclaration faite par Nicolas SARKOZY (19/03/2011 : 15h50 à Paris) à la suite de "Son Sommet International" sur la Libye.
Il voulait faire mieux que son idole (G.W. BUSH), avoir son Irak à lui (la Libye) et son Saddam HUSSEIN à lui (Mouammar KADHAFI).
Il omet tout juste de mentionner qu'il ne veut se frotter qu'à plus faible que lui et n'intervenir que là où il est certain de ne pas laisser de plumes.

Nicolas SARKOZY :"Aujourd’hui se sont réunis à Paris, sous la présidence conjointe de la France et du secrétaire général des Nations unies, les dirigeants de la ligue des États arabes et de l’Union européenne ainsi que les représentants des États-Unis et du Canada."
Commentaire : Les pays arabes représentés par : les ministres des Affaires étrangères du Qatar, des Émirats arabes unis, du Maroc et de la Jordanie, le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar ZEBARI en sa qualité de président en exercice de la Ligue arabe et Le secrétaire général de cette organisation, Amr MOUSSA.

Nicolas SARKOZY :"Ensemble nous avons décidé d’assurer l’application de la résolution du Conseil de sécurité exigeant un cessez-le-feu immédiat et l’arrêt des violences contre les populations civiles en Libye."
Commentaire : Les autres résolutions prises auparavant pas ce même conseil ne devaient sûrement pas être appliquées. Et gardons à l'esprit que la résolution 1973 parle d'une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye pour protéger la population civile et non d'attaques ciblées et bombardements.

Nicolas SARKOZY :"Les participants sont convenus de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires, en particulier militaires, pour faire respecter les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies."
Commentaire : L’expression “en particulier” en dit long sur les moyens à mettre en œuvre. Des bombardements du ciel pour éviter toute perte humaine du côté “des sauveurs”.

Nicolas SARKOZY :"Des peuples arabes ont choisi de se libérer de la servitude dans laquelle ils se sentaient depuis trop longtemps enfermés. Ces révolutions ont fait naître une immense espérance dans le cœur de tous ceux qui partagent les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme. Mais elles ne sont pas sans risques. L’avenir de ces peuples arabes leur appartient. Au milieu des difficultés et des épreuves de toutes sortes qu’ils ont à affronter ces peuples arabes ont besoin de notre aide et de notre soutien. C’est notre devoir."
Commentaire : Les autres peuples (tibétains, tchétchènes, soudanais etc …) n’ont semble-t-il pas ce droit et ce n’est point le devoir de SARKOZY ni de ceux qui sont avec lui aujourd’hui de les aider d'une quelconque façon.
Une chose est certaine à ce jour, SARKOZY ne manifestera pas le même zèle avec la Corée du Nord, la Côte d'Ivoire ou Le Zimbabwe.

Nicolas SARKOZY :"En Libye, une population civile pacifique qui ne réclame rien d’autre que le droit de choisir elle-même son destin se trouve en danger de mort. Nous avons le devoir de répondre à son appel angoissé. L’avenir de la Libye appartient aux Libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place. Le combat qu’ils mènent pour leur liberté est le leur. Si nous intervenons aux côtés des pays arabes ce n’est pas au nom d’une finalité que nous chercherions à imposer au peuple libyen mais au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes."
Commentaire : Les SARKOZY and Co viennent de se rendre compte que les autres peuples ont le droit de choisir eux-mêmes leur destin ! Et que LEUR conscience (qualifiée ici d'universelle) ne peut tolérer de tels crimes. Ailleurs cette conscience universelle ne réagit pas de la même façon et surtout pas à la même vitesse. Une réactivité qui sème plus d'un doute.

Nicolas SARKOZY :"Aujourd’hui nous intervenons en Libye sur mandat du Conseil de sécurité de l’ONU avec nos partenaires et notamment nos partenaires arabes. Nous le faisons pour protéger la population civile de la folie meurtrière d’un régime qui en assassinant son propre peuple a perdu toute légitimité. Nous intervenons pour permettre au peuple libyen de choisir lui-même son destin. Il ne saurait être privé de ses droits par la violence et par la terreur."
Commentaire : "Notamment nos partenaires arabes" : il faut entendre par-là quelques Monarchies/Émirats ; mais pas l'Arabie Saoudite ni le Kuwait. La première a même envoyé ses forces mater la rébellion au Bahreïn (où les USA ont une base militaire).
Les régimes républicains ou pseudo-républicains arabes n'ont pas voulu ou pas pu participer à "Ce Sommet historique". Et à l'entendre, il n'existe pas d'autres peuples dans le même cas.

Nicolas SARKOZY :"Aux côtés de ses partenaires arabes, européens, nord-américains, la France est décidée à assumer son rôle, son rôle devant l’Histoire."
Commentaire : On pourra ici apprécier à sa juste valeur l'ordre dans lequel sont cités les partenaires …

Je suis de ceux qui n'ont aucune sympathie pour KADHAFI et ce depuis qu'il avait essayé de déstabiliser mon pays la Tunisie en 1980. Mais ce que j'abhorre le plus c'est de voir quelqu'un de plus puissant qui sous couvert de grands principes aux grés de ses intérêts n’hésite à jeter en pâture celui là même qu’il accueillait, avec tous les honneurs chez lui, il y a peu de temps encore.
Nicolas SARKOZY ayant bien retenu la leçon de son silence abject devant la révolte du peuple tunisien, ses atermoiements devant celle du peuple égyptien, tient à se racheter pour plusieurs raisons :
*        L'échéance 2012.
*        Montrer qu'il n'a pas peur des révélations des KADHAFI sur son compte.
*      Et par la même occasion les rendre peu crédibles dans le cas où les KADHAFI chercheraient à étayer leurs propos relatifs à certaines sommes d'argent.
Il est à noter que ni l'Égypte ni la Tunisie n'ont les ressources pétrolières de la Libye. De-là à penser que la Libye peut continuer à faire figure de "station service " pour la France il n'y a qu'un pas …
Le duel KADHAFI - SARKOZY passe à la vitesse supérieure. Les frappes ont commencé ce jour (19/03/2011) à 17h45. Soit à peine deux heures après sa déclaration à la fin de "Ce Sommet International" et après huit ans, jour pour jour du début de la deuxième guerre du Golfe (20 mars 2003). SARKOZY tire plus vite que son ombre. Encore un qui veut effacer de la mémoire collective les prouesses de Lucky LUCK !
En conclusion, il est évident que Sarkozy règle aussi des problèmes de politique intérieure avec la crise libyenne. Son taux de popularité catastrophique dans les sondages, le jeu trouble de la France lors des révolutions tunisienne et égyptienne… La Libye, c'est aussi une belle occasion de se racheter une image de défenseur des droits de l'homme.
Mais n'est-il pas de notoriété publique que les États ne mettent en branle leur puissance militaire que quand leurs intérêts directs sont en jeu. 
Cela nous rappelle que nous devons nous défendre d’une vision par trop manichéenne des choses.

Lotfi AGOUN

dimanche 13 mars 2011

SARKOZY = Un Super-Rambo défenseur des libertés et des peuples

Un président hyperactif ou du moins désirant paraître comme tel.
Un président qui ne tolère pas qu'une autre personne (fut-elle de son camp) lui fasse ombre.
Un président qui veut coûte que coûte laisser une trace de son passage quitte à brasser beaucoup d'air et ne pas faire aboutir grand-chose.
Pour cela, il voyagera beaucoup. Il recevra beaucoup de personnes.
Des gens du peuple. Des personnes qui traversent des épreuves.
Des personnalités marquantes et d'autres beaucoup moins ; voire même, à éviter.
Il prendra beaucoup de décisions dont une bonne partie ne verra jamais le jour.
Il n'hésitera pas à épouser certaines approches (trop à droite) pour recueillir des voix.
L'on retiendra de lui qu'il a profité de la présence de "sa majorité" au niveau de l'exécutif pour exercer un régime présidentiel bien marqué.
Il n'a jamais hésité à montrer que c'est lui qui décide :
* À la place de l'hôte de l'hôtel de Matignon.
* À la place de celui du Quai d'Orsay.
Aussi puissants soient-ils ou bien faisant semblant d'avoir les coudées franches.
François FILLON l'a appris à ses dépens et a dû avaler plus d'une couleuvre.
Alain JUPPÉ vient de digérer sa première. Sa passivité prédit qu'il y en aura d'autres.
Ce président, hier encore, vantait les mérites de son ami BEN ALI (l'Ex-Président qui a fui lâchement) : son discours prononcé à Tunis est toujours consultable à ce site.
Ce président, hier encore, autorisait qu'une tente soit installée dans les jardins de l'Hôtel Marigny, résidence officielle des hôtes de l'État en l'honneur de son illustre hôte et ami KADHAFI. Ami qui n'avait pas hésité à le contredire sur les Droits de l'Homme durant ce même séjour en assurant au JT de France 2, "Nous n'avons pas évoqué moi et le président Sarkozy ces sujets". (Vidéo encore consultable).
N'ayant rien fait, suite à l'éclatement des révoltes en Tunisie (à part se débarrasser de M.A.M) et en Égypte, il essaye à présent de pousser le zèle jusqu'à proposer des bombardements ciblés pour en finir avec le régime de son ex-ami.
Notre Super-Rambo le fait au nom de la défense des peuples opprimés : comme il aurait certainement voulu le faire pour la Tchétchénie et le Tibet. Après tout il a certainement la force et le caractère pour bousculer la Russie et la Chine comme il le fait avec la Libye, non ?!
Une dernière observation : son ex-ami libyen lui fait miroiter l'épouvantail d'un scénario déjà joué par BOKASSA à GISCARD-D'ESTAING.
Allons-nous assister à une Sarkogate ?!
Wait and see.

Lotfi AGOUN

dimanche 6 mars 2011

Un choix à faire !

Une aberration, je suis tenté de dire de plus ! Des hommes politiques du monde “libre et démocratique” d’aujourd'hui continuent, comme auparavant, de ménager "les amis" dictateurs et autocrates des peuples opprimés et spoliés au lieu de soutenir ces derniers.
Les premiers ont eu, depuis toujours, cette fâcheuse tendance (je précise bien à escient) à faire comme si ces dictateurs détiennent le pouvoir à vie et qu'ils le passeront, à leur fin de règne, à quelqu’un du même acabit, voire pire, pour son propre peuple.
Je disais à escient, car ils ont beau prêcher que ce monde serait meilleur si la démocratie, la liberté, l’égalité et toute la panoplie des droits de l’homme profitent à la planète entière ; de facto ils ne font rien ou presque tant que leurs intérêts propres et, à leur crédit, certains de leurs peuples sont préservés. Contrairement à "leurs amis" dictateurs et autres despotes qui ne préservent que leurs propres intérêts au détriment de ceux de leurs peuples.
Le cas de MAM fera figure de “cas d’école” : Elle visite la Tunisie durant la grave crise qui secouait ce pays. Voyage gracieusement au bord d’un avion de ceux qui traitent avec le clan des BEN ALI – TRABELSI. Et une fois, rentrée en France, elle propose d’envoyer des unités françaises aider la police locale à rétablir l’ordre. Une façon comme une autre de remercier du chaleureux accueil et des faveurs obtenues. Pour s’extirper de ce bourbier, elle va accumuler les contradictions et les gaffes, avec beaucoup d’aplomb. Elle finit par se voir lâcher par les siens (UMP et SARKOZY) et perdre ainsi un ministère aussi prestigieux que celui des Affaires étrangères.
François FILLON l’a échappé belle. En effet, si les échos de sa visite en Égypte avaient lieu avant le remaniement de novembre 2010, Nicolas SARKOZY aurait profité de l’aubaine pour se débarrasser d’un premier ministre qui quoique discret lui fait ombre.
Silvio BERLUSCONI ne veut plus entendre parler de son ami et frère Mouammar KADHAFI et préfère oublier, du moins pour le moment, les largesses de cet encombrant personnage.
Ces cas ne sont pas uniques et en citer davantage ne changera pas le cours de l’histoire. La seule conclusion à en tirer est que ces politiques ont tendance à profiter au maximum de “cadeaux et gestes amicaux” de leurs hôtes et qu’en contre-partie, ils ferment les yeux ou regardent ailleurs, n’hésitant pas parfois jusqu’à vanter les mérites de “leurs amis”.
Ces révoltes qui secouent le monde arabe sont arrivées au bon moment pour rappeler à ces politiques que “leurs amis” ne sont qu’éphémères et que seuls le peuple et la Nation demeurent. Qu’ils ont tout à gagner à devenir, réellement, les amis de ceux qui seront encore là demain plutôt que de faire semblant d’être les amis de ceux dont le lendemain est de plus en plus incertain.
Un premier geste d’amitié, de leur part, serait de considérer ces Nations aptes à gérer leur devenir comme elles l’entendent et d’arrêter de brandir tel ou tel épouvantail dont ils s’étaient servis auparavant pour garder “leurs amis” au pouvoir.
Un deuxième geste serait, à mon avis, d’ordre économique et financier afin de doter ces Nations qui sont dans le besoin des moyens d’asseoir une démocratie couplée à un calme et un bien-être sociaux à même de court-circuiter tout extrémisme quelque soit sa nature. Une telle démarche devrait même freiner sensiblement l’émigration.
Il en va de l'intérêt propre de ceux qui feront ces deux gestes.

Lotfi AGOUN

jeudi 24 février 2011

Quelle fin attend Kadhafi ?

Un constat s’impose : ses deux voisins immédiats, en l’occurrence les deux ex-présidents tunisien et égyptien, poussés vers la sortie par la toute petite porte, lui ont joué deux très mauvais tours :
1/ Ils ont laissé leur peuple les chasser du pouvoir.
2/ Le premier a fui comme un lâche se réfugier en Arabie Saoudite. Le second s'est réfugié dans sa villa à Charm El-Cheikh, en attendant de quitter l'Égypte vers l'Allemagne voire Israël.
Et c’est ce second “gag” combiné à sa réaction farouche d’homme aux abois qui va peser le plus lourd dans la balance.
Kadhafi, hier encore, reçu en grandes pompes en France et qualifié de “frère” ne pourra plus demander l’asile auprès des pays arabes du Golfe ou d’Amérique Latine. Du coup il ne lui reste que peu de choix :
1/ Se suicider. Mais en a-t-il le courage ?
2/ Se faire abattre par l’un de ceux qui gravitent encore autour de lui. La personne qui fera ça cherchera surtout à se refaire une “virginité” plutôt que débarrasser le monde d’un tyran.
3/ Demander à ceux, qu’il avait achetés pour le nommer Roi d’Afrique, de lui accorder l’asile. Et un jour le monde apprendra qu’il s’est suicidé ou qu’il "s’est fait suicider".
Les politiques du monde occidental ont montré plus d’une fois leur lâcheté devant ces tyrans qui spolient et tyrannisent leur peuple. Dans l’affaire Lockerbie (et des victimes du DC 10 - vol UT-772 du 19/09/1989) la Cour de Cassation est allée jusqu’à évoquer son immunité en tant que président d’un pays souverain pour ne pas le “froisser” davantage. Or de lui-même et pas loin qu’hier encore, il a toujours rejeté ce titre de président pour se qualifier de guide de la révolution. Donc ne disposant d’aucune immunité.
Ces mêmes politiques faisant semblant d’avoir retenu les leçons que leur ont administrées les peuples tunisiens et égyptiens sont à présent prêts à le “sacrifier” pour justement ne pas perdre leurs intérêts dans cette région.
Après tout : La Libye est le 4ème producteur de pétrole d’Afrique. Sa production est estimée à 1,8 million de barils par jour. 80 % des exportations vont vers l’Europe, l’Italie en tête. Ses réserves en pétrole sont les plus importantes du continent. Et pourtant, elles ne représentent que 3 % des réserves mondiales.
Nonobstant l'intérêt économique que représente ce pays, la stabilité de la région tout entière dépendra de son devenir, avec tous les bouleversements qui se déroulent à ses frontières immédiates : en Tunisie, en Égypte et bientôt en Algérie.
Kadhafi doit arrêter vite son choix, car son sort est bien scellé ; ce n'est plus qu'une question de temps. Et le glas sonne, désormais, pour les autres dictateurs de son acabit.
Les principales tribus que compte la Libye auront la lourde tâche d'assurer la cohésion et l'unité pour que le passage à la démocratie soit à la hauteur des attentes du peuple libyen.

Lotfi AGOUN

dimanche 20 février 2011

De quoi ont besoin ces peuples qui accèdent à la démocratie

La vague qui vient de secouer le monde arabe n'est qu'à son début. Elle entend permettre à ces peuples arabophones qu'ils soient de l'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient de goûter finalement à la démocratie. Or ces peuples ont, dans leur quasi-majorité, toujours (depuis leur "indépendance") connu un régime à parti unique ou un simulacre de multipartisme avec à la tête de l'État un autocrate (un dictateur). Aujourd'hui ces peuples aspirent enfin à vivre en démocratie.
L'exercice sera très périlleux pour ces peuples qui ont délogé le despote au prix de sacrifices et vies humaines comme ils l'avaient fait auparavant pour chasser le colonisateur. Passer d'une dictature à une démocratie est un chemin plein d'embûches. Et l'histoire contemporaine a bien montré comment certains et pas des moindres avaient utilisé ce tremplin pour accéder au pouvoir (Mussolini, Hitler et d'autres encore, plus récemment, que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs). Une fois leur objectif atteint, ils ont tout fait pour saper ce mécanisme pour que perdurent leur main mise et leur hégémonie. Ce qui explique davantage la fameuse phrase de Winston Churchill :"La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l'exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l'histoire."
Sans la corruption monstrueuse de l'époque précédente, l'humiliation ressentie par le peuple allemand (suite à la signature du traité de Versailles) et le pourrissement grandissant de la situation économique et sociale, Adolf Hitler n'aurait jamais pu, en un temps si court, réunir autour de lui l'écrasante majorité du peuple. Et cet exemple est loin d'être orphelin loin s'en faut.
C'est malheureusement et souvent le cas ; les gens votent par dépit pour voir les choses changer. Et les extrémistes de tout bord sont là, à l'affût pour obtenir ces voix. Une fois aux commandes, ils essayeront d'asseoir définitivement leur "pouvoir" et ce par tous les moyens avec des variantes plus ou moins prononcées de "La nuit des longs couteaux".
Ce système de gouvernance qu'est la démocratie repose schématiquement sur la coexistence et la séparation concomitantes des trois pouvoirs : Législatif, Exécutif et Juridique. Sa pratique par des nations relativement avancées en la matière a montré ses limites et le besoin de recourir à un quatrième voire même à un cinquième pouvoir.
Le quatrième pouvoir, qui désignait à l'origine la presse, s'est étendu de nos jours à tous les autres types de médias (Télévision, Câble, Internet, Blogs, Twitters et autres réseaux sociaux et outils de messageries, Mobiles y compris). Il a fait ses preuves comme contre-pouvoir face aux autres pouvoirs incarnant l'État. Ainsi ce pouvoir a pu pousser Richard Nixon (Août 1974) à démissionner à la suite de son implication dans l'affaire Watergate. Et a empêché Valéry Giscard d'Estaing de briguer un second mandat (1981) suite à l'affaire des diamants.
Ces exemples, concernant les USA et la France, montrent comment la liberté d'expression des médias peut consolider et asseoir davantage l'exercice de la démocratie au quotidien.
La liberté des médias quand elle est exercée dans le respect de l'éthique et sans tomber dans la chasse aux sorcières éclairera le peuple tout en incitant l'élu (les élus) à être plus vigilant et plus consciencieux durant son mandat.  
Le cinquième pouvoir, rajouté tout récemment est celui de l'opinion publique (qui se détache de la presse et des autres médias, malgré une influence non des moindres de leur part sur la formation de l'opinion publique).
De la sorte, ce cinquième pouvoir, abreuvé par le quatrième et ayant vécu les exactions du pouvoir en place sera faire la part des choses, le moment opportun et faire changer/bouger les choses. Et ce ne sont pas les Ben Ali ou Moubarak qui vont me contredire.
Comme je le disais au début de cet article, ces peuples qui arrachent enfin le droit à la démocratie ont besoin de ces deux contre-pouvoirs pour que ceux qui arrivent et arriveront dorénavant au pouvoir ne puissent plus leur faire courber échine et les opprimer comme ce fut le cas dans le passé.

Lotfi AGOUN

mercredi 9 février 2011

Démocratie et Maturité


À chaque fois que l'on m'avait demandé de définir ce qu'est :"la démocratie", j'ai toujours cité la fameuse phrase d'Abraham LINCOLN:"La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple". Et j'ajoutais qu'aujourd'hui encore, il n'existe pas de définition communément admise de ce qu'est ou doit être la démocratie. Car elle relève d'une maturité politique et sociale telles que les citoyens d'une nation acceptent que l'avis de la majorité soit respecté et adopté par tous y compris ceux qui ne le partagent pas. J'évite à escient de développer ce point et je ne parlerai ni de séparation de pouvoirs, ni de suffrage universel, ni de …
Par cette introduction, J'ai, tout juste, voulu associer le terme maturité à cette notion fondamentale de nos jours qu'est la démocratie.
Pour un bon nombre des pays occidentaux pour ne pas dire leur majorité, les "autres" pays qu'ils soient arabes, africains, latino-américains ou asiatiques (à de très rares exceptions) ne sont pas encore assez "mûrs" pour vivre en démocratie. Leurs peuples, n'ayant pas atteint cette maturité, doivent se contenter du régime que leur ont choisi ces pays occidentaux. Régime qui sied le mieux, non aux peuples respectifs de ces "autres" pays mais plutôt, aux intérêts de ceux qui veulent gérer le monde à leur guise.
Pour réaliser cet objectif, ces pays occidentaux ont toujours recouru au même scénario :
1/ Trouver un pantin à leur solde et le mettre en condition de prendre la charge du pays.
2/ Une fois cela fait, lui préparer le terrain pour qu'il puisse faire miroiter un "danger" potentiel qui "pourrait embraser" toute la planète : islamisme, drogue, course à l'armement, terrorisme.
3/ Faire croire à ce même pantin que tant qu'il arrive à circonscrire "ce danger", ils vont le couvrir, le soutenir et le laisser s'enrichir (sur le dos de son propre peuple et non de leurs caisses).
4/ Entre-temps, certaines institutions internationales (L’Union Européenne, le FMI, la Banque Mondiale, l’ONU, entre autres) infiltrées par ces mêmes pays occidentaux, vont "fermer" les yeux, regarder ailleurs ou dénoncer du bout des lèvres certaines exactions sans mettre leur poids dans la balance pour faire, vraiment, bouger les choses.
5/ Le jour où les choses commencent à bouger, malgré eux, ils essayeront de canaliser la réaction du peuple "insoumis" et remettre l'ordre qui siéra le mieux à leurs intérêts et toujours pas à ceux des "insoumis". Pour cela, ils essayeront d'aider le pantin à reprendre la situation en main. S'il échoue, ils tenteront de le faire remplacer par un autre pantin bien acquis à leur cause et surtout bien soucieux de s'enrichir davantage que son prédécesseur, toujours au détriment de son peuple et de sa patrie. Et s'ils n'y arrivent pas, parce que le peuple longtemps opprimé n'accepte plus cette situation, ils n'hésiteront pas à pousser au pourrissement de la situation toujours dans le but inavouable de récupérer leur emprise et trouver un nouveau pantin.
La Tunisie de l'après BOURGUIBA a connu ce scénario. L'Égypte de l'après ES-SADATE, de même. Leurs peuples ont, de nos jours, un avantage énorme (et ce, bien malgré ces pays occidentaux) : l'accès à l'information et l'ouverture sur le monde à travers la portée du Web. Ce qui était impensable, il y a quelques mois, se réalise aujourd'hui à une vitesse ahurissante. À tel point, que ces peuples, ainsi que ceux qui suivront inéluctablement (l'effet dominos étant enclenché), doivent rester vigilants pour que justement ces pays occidentaux n'arrivent pas à récupérer la main comme indiqué dans le point 5 ci-dessus.
Si la Tunisie semble engagée dans un processus qui y échappe pour le moment ; l'Égypte, de par la nomination de son vice-président semble s'y acheminer tout doucement.
Certes, il n'existe pas de définition communément admise de ce qu'est ou doit être la démocratie. Par conséquent ces deux peuples, comme tous ceux qui aspirent à voir s'instaurer une vraie démocratie dans leur pays, doivent trouver eux-mêmes le chemin qui les y mènera. Ils pourront s'inspirer des expériences des autres pays sans les copier car chaque nation a ses spécificités propres, qu'elle ne pourra nier. Chaque peuple a le droit inaliénable d'essayer de trouver le modèle démocratique qui lui convient le mieux et d'instaurer une démocratie sur mesure qui respectera également celles des autres pays quelques soient leurs orientations culturelles ou bien religieuses.

Lotfi AGOUN